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11月1日 La Gifle: Vol4. No3.Feuilleton
Une histoire en Noir et Blanc – Deuxième partie Par Pier-Olivier Joanis
Topo : Dans un univers où la couleur n’existe pas, Bab Marcovitch est témoin de l’assassina de son ami PO, près d’un bar. Fait anormal : son sang est inexplicablement Rouge. Portant le manteau du défunt, il rentre chez lui, anonyme, sans savoir qui est le meurtrier.
Étendu sur son lit, il ne pouvait dormir. Cela était impossible. Cette nuit s’annonçait aussi blanche que la peau de la jeune danseuse nue qu’il avait vu. Qu’elle était belle! Et PO, lui, était mort, piégé, comme un rat au fond d’une ruelle. Bab craignait fortement qu’on le suspect. En se relevant, il remarqua l’anormal pesanteur du manteau qu’il n’a toujours pas retiré. Il n’avait rien ressenti dans l’énervement du moment, même s’il est généralement d’un tempérament imperturbable. Le poids venait de la poche droite. Bab y pénétra sa main pour entrer en contact avec une pièce de métal froid. Surpris, il tâta l’objet avec hésitation pour finalement le sortir de main ferme. Il tenait dans cette main, un petit pistolet. -- Mais qu’est-ce PO faisait avec sa! s’exclama Bab intérieurement, profondément troublé par sa découverte, comme si celle-ci fut plus étrange que le meurtre même. L’idée que PO possédait une arme était absurde. Insensé. Se savait-il donc menacé? Par qui? Bab revoyait la lumière qui éclairait PO juste avant sa mort, parallèlement à ses pensées perverses qui tendent vers la pâle peau de la danseuse. Il considérait l’objet, l’arme. Il savait qu’elle allait être sujet de justice. L’outil de vengeance. Mais en un autre temps, car peut-être en était-il pas encore totalement conscient. Bab se leva pour déposer le pistolet sur son bureau. Il y reviendrait plus tard. Pour l’instant, il s’assommait à grande gorgée de son whisky, qui l’expédia rapidement au pays des rêves.
-- Où étais-tu Bab? se demandait-il en un songe rêveur. -- Où suis-je? Le poète s’est déchaîné. Et il se meurt. C’est la mort des écrits de passion. -- Tu es le meurtrier, lui dit sa conscience profonde. -- Quoi! répliqua sa voix. -- Tu l’as laissé mourir... -- Il est mort d’un seul coup. Tu voulais que je fasse quoi! s’écria-t-il à lui-même, justifiant son impuissance. Mais il est le vengeur, malgré lui. Il n’en veut rien, mais il le doit. C’est ainsi. Car il y a plus. Tout est au cœur du fondement. L’humain? Où est-il? Bab vole, il rêve, mais sans sa conscience. Il se cogne à la brique, un mur. Son état lui saute aux yeux et l’agresse. La Lumière plane au-dessus de ses épaules. Il se retourne pour faire feu, mais il est face au vide. Néant. Seul, il est seul. Il a froid, peut-être. Il pénètre ce vide, sans crainte et en toute paix de l’âme, avec le pas nonchalant de l’assurance. Il est la tache noire dans l’infinité du blanc. Une goûte de sang lui tombe du nez et s’écrase au sol, presque sans éclaboussure. Il la contemple sereinement. Aucune autre ne suivra. Il ouvre le manteau et prend une cigarette dans une poche. Il la fume, tout en observant l’univers qui l’entoure. L’univers de blancheur. Sa présence. La tache. -- Bien. Voilà. L’enquête doit commencer, se dit-il.
Au matin, Bab marchait inefficacement, la nausée au fond de la gorge. Il alla au cégep malgré tout, à quelque pas de chez lui. Il avait décidé de jouer le jeu. Ou peut-être était-ce une flagrante négligence de sa part, car il portait toujours le manteau et le chapeau que PO lui avait «prêté». Il devait donc supposer devoir les lui rendre. En entrant, les couloirs semblaient calmes, mais il n’en était rien. Seul l’apaisement total de l’âme Babienne lui donnait cette impression. Arrivé, il alla s’acheter un paquet de cigarettes. Bab n’était pas un fumeur. Pourtant, il ressortait à l’extérieur pour en fumer deux consécutives. Il mit le reste du paquet dans la poche intérieure gauche du manteau. Son cours commençait… il y a deux minutes. Il arrive dans sa salle de classe, interrompant le cours par la même occasion. La place de PO était vide, pourtant, personne ne s’en inquiétait. Apparemment, personne ne sait.-- Monsieur Marcovitch! s’exclama le professeur d’un air sympathique, trop heureux. -- Monsieur Marcovitch, êtes-vous prêt à présenter votre exposé? -- Oui, je suis prêt, ment-il. Simple pénalité pour le retard, il devait s’exprimer le premier. Le trac le prit. Sa nausée amplifia. Pourtant, il réussit à monologuer nerveusement. Il parlait ouvertement des poètes maudits, de leurs expériences et de leur spleen. Il dictait sa connaissance acquise et maîtrisée. -- Je vais vomir, pensa-t-il. Mais il n’en fut point. À la fin du cours, Bab put s’approcher d’Annabelle qui était au bar la veille. -- T’as vu PO? demande-t-il. -- Non, yé pas là aujourd’hui. -- Ouin, c’est vrai qu’il avait pas l’air bien hier avant que je parte. -- Y t’a prêté son manteau? -- Ouais, je voulais lui redonner… Elle ne posa pas plus de questions. Tout était étrange. N’avait-on pas déjà appris la mort de PO à l’heur qu’il est? Était-il donc vraiment mort? -- Qu’arrive-t-il? Qu’arrive-t-il? panique-t-il intérieurement. Il aurait été plus simple pour Bab de voir des gens en larmes, ou du moins bouleversés. Il aurait pu enquêter l’âme en paix. Mais ce n’est pourtant pas le cas. Qu’arrive-t-il donc?
Après s’être rafraîchi l’esprit, Bab entre dans l’agora des étudiants. Une salle sombre, quelques fenêtres tracent des carreaux lumineux au sol. Il y jette un coup d’œil anodin qui s’avère plaisant. Il y reconnut la danseuse inconnue. Il ne voulait pas qu’elle le reste pour longtemps. Elle était assise, lasse. Son bras supportait sa tête, appuyé sur son genou. Mais elle portait une robe tout à fait remarquable à laquelle personne ne semblait porter attention, trop perdu dans leur petit monde. Elle le regarda et vue son air hébété. Elle comprit son attention et le retint. Elle lui sourira, tendrement. Son visage le séduit comme celui d’un ange, mais sa robe l’agressait. Lui rendant son sourire, il finit par fuir discrètement, sûr de pouvoir la revoir au bar. Bab avait l’impression qu’elle était une morte. Un bel ange de sang dont la sensualité surpasse ses souvenirs morbides. Pourquoi personne ne voyait-il la robe comme lui la percevait? Qui est-elle? Chose certaine, elle allait rester dans ses pensées superposées avec celles d’un mort dont personne n’a conscience. Comme si cela n’avait jamais eu lieu. Même elle, qui était tout proche, ne semble pas savoir.
-- Ai-je rêvé? se demande Marcovitch. Suis-je toujours plongé dans cette merveille? Le doute lui est apparu. PO est-il vraiment mort? Pourquoi Bab est-il seul à voir et donc savoir? Il s’adossa péniblement aux téléphones publics, en plein milieu d’un couloir achalandé du cégep, les pas de la masse étudiante passaient rapidement devant lui. Ce ne sont que des pas, des pieds sans individualité, sans corps ni âmes. Il compose le numéro de PO. Il attend, persuadé que personne ne répondra. Chaque seconde, Bab est percuté par la sonnerie. Il attend, il croit vraiment que personne ne répondra. C’est faux. Un déclic retentit. -- PO? C’est toi? demanda Bab en se sentant un peu stupide. Un profond écho se fessait entendre de l’autre coté, dans l’autre univers sonore, chevauché des pas ambiants. Une voix rauque et déformée parla. -- Tu appelles parce que tu sais… -- T’es qui? -- Tu sais, n’est-ce pas Bab? -- C’est toi! affirma Marcovitch, aussi troublé qu’outré. Qu’est-ce tu fais chez PO? -- Je viens chercher mon dû. -- Ostie de merde... maudit porc! Si j’te trouve, j’t’éclate la tronche! Cria Bab. Les pieds continuaient leur route, mais ce qu’ils soutenaient considérait étrangement la réaction agressive de l’homme au téléphone. -- Trouve-moi Bab, mais quand tu auras réussi, il sera déjà trop tard, c’est même déjà le cas. -- Tu vas mourir, chuchota Marcovitch dans le récepteur. -- La mort Bab, la mort ne m’affectera plus. La mort est réservée aux mortels. L’homme à la voix truqué raccrocha. Si, bien sûr il s’agissait d’un homme. Mais tout le laissait croire. Près d’une centaine de pieds et peut-être un millier de pas avaient croisé Bab. Mais nul ne savait. Le Savoir. Tel est ce que recherche le détective. Connaître la vérité… et l’appliquer. Son ennemi le connaissait. Lui, non. C’était un moins…
Éditorial
J’observe le blanc affronter le noir Par Pier-Olivier Joanis
L’infographiste panique. Il manque quelque chose. Il manque de contenu, dit-il. C’est vrai, en parti. Il nous manque surtout un but, une unité. Elle n’existe pas, cela va de soi. Nous sommes beaucoup trop différents l’un de l’autre. Les pensées, les opinions, les intérêts et les styles diffèrent. Et moi, j’erre toujours, sans vocation autre que de raconter des histoires : imaginer et faire rêver. On m’a dit aujourd’hui que je ne pouvais pas écrire d’éditorial, en sous-entendant que ma pensée n’était pas représentative de La Gifle. Finalement, j’approuve, je suis tout à fait d’accord. Mais si tel est le cas, personne d’autre ne peut le faire. Car la divergence des intérêts lacère le peu d’unité qui existe entre les journalistes étudiants. La seule petite excitation qui solidarise les «Gifleurs» est peut-être encore de faire face à la compétition du Parasite. Est-ce mon but? Non. Non, parce que je suis aussi un parasite. Seulement, je le suis d’une autre façon. Au lieu de dépendre de la stupidité des gens, je dépends de leur imagination. Je dépends de leur faculté à aimer imaginer et à me le permettre. Malheureusement, tout cela ne reste qu’un rêve. Je ne sais même pas, présentement, en écrivant, qui me castrera le premier. Il y a longtemps que j’ai cessé de dire aux gens comment ou quoi penser. Cela me regarde. Je n’ai rien à faire d’une masse. Je veux un individu. Quelqu’un qui se sent concerné. C’est pourquoi j’accepte que La Gifle soit symbole de désunité étudiante, aussi distorsionné que le cégep même. L’un peut bien parler de droite tandis l’autre de la page suivante s’adressera à la gauche. Je peux penser une chose pendant que l’autre désapprouvera. Que celui qui veut de nous et de tous, nous lise et accepte le désagrément qui pourrait s’en suive. Conséquence d’une publication réservée à tout étudiant qui se donne la peine de s’investir : elle plaît à ceux qui se sentent visé. Le public cible dépend donc des auteurs et peut ainsi varier d’une équipe à l’autre, comme à l’intérieur d’une même équipe. Il y a maintenant Le Parasite pour tous ceux qui veulent s’opposer ou s’exprimer sans balises dite journalistiques. Pour les littéraires, il y a toujours la revue «Et l’écrit vint» qui permet de passer n’importe quels messages. Moi, je reste au milieu et j’observe le blanc affronter le noir. Étant conscient de ne pouvoir révolutionner les idées, je me tais. Mon silence devient étrangement constructif. Il y a une radio dans ma tête qui fait halluciner tout ce qui m’entoure. Cette petite musique n’est bonne qu’à montrer aux gens ce qu’ils veulent. Et ils le prennent, tout en prenant soin de rejeter violemment ce qu’ils ne veulent pas. Il ne manque pas de matière, elle est partout. Il manque la volonté de montrer. Il manque aussi d’œil. Les yeux de ceux qui regardent là où il faut, et ce, de la bonne façon.
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